La mission MSR renvoyée aux calendes grecques

Dans des articles précédents, j’avais traité de l’intérêt de rapporter des échantillons du sol de Mars, ainsi que des difficultés considérables d’éventuelles futures missions habitées vers la planète rouge[1]. Une mission automatique de retour d’échantillons de Mars (ou mission MSR, Mars Sample Return) représenterait une étape majeure de notre connaissance scientifique de la planète et de son histoire géologique, climatique et peut-être biologique.

Divers projets qui visaient cet objectif ont été imaginés sur plusieurs décennies et aucun n’a été mené à son terme. Le plus élaboré a sans doute été le projet franco-américain PREMIER (Programme de Retour d’Echantillons Martiens et Expériences en Réseau) discuté au tournant des années 2000 entre la NASA et le CNES, qui n’a pas survécu aux problèmes budgétaires et aux alternances politiques des deux côtés de l’Atlantique[2].

Plus récemment, la NASA avait prévu que le robot Perseverance collecte et encapsule une sélection d’échantillons qui pourraient être récupérés et rapportés sur Terre par une mission martienne ultérieure. Les activités préparant cette future mission de retour d’échantillons viennent d’être arrêtées par une décision de l’administration Trump, qui donne une priorité en matière d’exploration spatiale aux missions lunaires habitées du programme Artemis.

Ces deux exemples montrent la fragilité, notamment vis-à-vis des changements politiques, des projets spatiaux scientifiques, qui mobilisent sur le long terme les efforts de communautés importantes de chercheurs et d’ingénieurs. C’est la leçon qu’il faut en retirer.


[1] https://bonneviller.blog/le-retour-d-echantillons-de-mars/

https://bonneviller.blog/chronique-martienne-le-fantasme-de-lhomme-sur-mars/

[2] Côté français, le changement de majorité en 2002 a été fatal au projet, déjà fragilisé par le retrait américain. Que la NASA mette brutalement et unilatéralement fin à un projet élaboré dans un contexte coopératif n’était pas inédit. Les propositions de réorientation de la contribution française vers des objectifs scientifiques moins ambitieux visant à valider certaines étapes techniques clés d’une mission MSR firent long feu.