Le gouvernement vient de procéder à une réduction importante du budget du CNES, 330 millions d’Euros, sur la période 2026-2028 (voir le Monde du 16 Juin). Ce n’est pas la première fois que l’établissement est confronté à des coupes budgétaires sévères. Il y en a eu notamment sous les gouvernements de messieurs Juppé et Fillon. Ce sont généralement les programmes scientifiques, et notamment l’étude et l’exploration de l’univers, qui sont les premières victimes de ces coupes. L’espace peut attendre, n’est-ce pas.
En conséquence, des actions peuvent être ralenties, reportées, ou carrément annulées. Or les programmes spatiaux sont toujours des programmes de long terme, qui supportent mal les mouvements de stop and go. Les programmes scientifiques sont particulièrement vulnérables car le financement du CNES est essentiel pour maintenir l’activité des laboratoires, ce qui concerne non seulement le développement des matériels et les opérations spatiales, mais aussi le traitement des données, qui peut se poursuivre sur de très longues périodes après la fin des opérations. Comme d’habitude, le Comité des Programmes Scientifiques du CNES sera sans doute consulté pour établir une liste des projets à maintenir en priorité.
Par le passé, une explication fréquente des crises financières traversées par le CNES a été le manque de cohérence entre crédits d’engagement et crédits de paiement. En effet la tutelle accorde chaque année au CNES des crédits d’engagement, c’est-à-dire le montant maximal des engagements financiers que peut prendre l’établissement. Ces engagements génèrent des plans de paiement pluriannuels. Les crédits de paiement, c’est ce que le CNES paie effectivement chaque année en conséquence de ses engagements antérieurs. Pour une action donnée, la somme des crédits de paiement doit évidemment être égale aux crédits engagés. Sur une période de plusieurs années, la somme des crédits d’engagement est égale à la somme des crédits de paiement, aux effets de bord près. Or il est arrivé que les crédits de paiement n’aient pas suivi les crédits d’engagement, d’où un problème financier. On peut s’en sortir en renégociant les plans de paiement avec les contractants industriels et scientifiques, voire en leur demandant de préfinancer intégralement les activités qu’on veut leur confier car le CNES n’a pas le droit d’emprunter directement sur le marché du crédit. Evidemment, cela a un coût indirect, qui augmente finalement le coût à achèvement du projet.
Dans la situation présente, cette réduction budgétaire est particulièrement choquante puisqu’en parallèle le gouvernement, par la voix du Président de la République, a annoncé sa décision d’acheter deux vols spatiaux habités de deux semaines à la société californienne Vast pour des astronautes français pour un coût de l’opération de 55 à 70 millions d’euros pour les deux vols. Vast, associée à l’entreprise Space X d’Elon Musk, se propose de développer une station spatiale en orbite basse à visées commerciales. Le message des tutelles indiquant que cet argent ne serait pas pris sur la dotation du CNES mais sur un fond d’investissement d’avenir ne trompe personne. C’est un simple jeu d’écriture budgétaire qui s’apparente au jeu de bonneteau. J’ai déjà dans ce blog souligné l’inutilité du vol spatial habité (voir A quoi sert le vol spatial habité ? https://bonneviller.blog/wp-admin/post.php?post=2255&action=edit ) ; on voit que nos gouvernants ont donc choisi de jeter par les fenêtres l’argent qui va manquer aux programmes scientifiques spatiaux.